Yvan MULLER

Une retraite suractivée

Les Français du WTCR avant le final de Macao - 7/7

Lorsqu’il avait annoncé son retrait derrière un volant, fin 2015, au moment du retrait de Citroën du WTCC, c’était pour se consacrer, entre autres, à sceller de bonnes bases à sa propre écurie de course. Chassez le naturel, il revient au galop ! Depuis le quadruple champion du Monde de WTCC n’a pu résister à revêtir à nouveau une combinaison de course. Comme il nous le raconte, on l’y quand même un peu poussé. A raison, pour celui qui, au-delà de faire profiter de son expérience techniciens et pilotes plus jeunes, se permet néanmoins de rester si compétitif qu’il peut encore contester à son “vieux“ rival Tarquini un nouveau titre à leur portée.

 

« Je m’y suis remis plus en tant que team-manager qu’en pilote. En fait je n’avais pas du tout prévu de repartir au volant. Et ce n’était pas une retraite forcée, ni même une retraite où je me disais “finalement ça me manque !“. Pas du tout ! Ça ne me manquait pas, j’étais plutôt content de mon sort... Mais pendant l’hiver, j’avais une opportunité d’engager ma structure en Touring Car (Yvan Muller Racing s’étant déjà impliqué depuis plusieurs saisons en catégories Mitjet, Endurance LM P3 et GT3 France. Ndlr.). Ça m’intéressait, mais une des conditions me permettant d'obtenir le budget, c’est que je sois dans la voiture. C’est la condition qu’on m’a posée. »

 

Ils t’ont donc obligé !

 

« C’est un peu ça ! Et j’ai dit : “alors j’y vais !“

J’avais eu pendant l’hiver des propositions de constructeurs, que j’avais déclinées parce que ne voyais aucun intérêt de rouler ailleurs que dans ma propre équipe. Et finalement je m’y suis remis, et la performance était plutôt pas mal. Et le plaisir était là aussi. Donc c’était tant mieux ! »

 

Le choix pour ton team de la Hyundai i30 N construite par Andrea Adamo t’est-il apparu le plus cohérent ?

 

« On avait réfléchi à plusieurs possibilités, dont celle de la Hyundai. J’avais regardé aussi avec d’autres constructeurs. Finalement j’ai décidé de partir parce que sur le papier cette solution m’intéressait. Il y avait aussi une question de sponsors ou de partenaires qui m’ont aussi dirigé dans cette voie-là. Thed Björk n’a eu aucune décision à prendre. Moi je l’ai engagé. Au départ il était prévu de faire rouler Björk et Yann (Ehrlacher). Et puis finalement je n’ai pas pu faire rouler Yann et c’est moi qui m’y suis collé (pour les raisons déjà expliquées. Ndlr.). »

 

La i30 N est-elle une valeur étalon ?

 

« C’est sûr que sur le papier c’était une bonne voiture, et c’est un petit peu ce qui a dirigé mon choix. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’il y a quand même un “line-up“ important de pilotes sur cette voiture. Il y a trois champions du monde (Tarquini, Björk et Yvan. Ndlr) et un autre (Michelisz. Ndlr) qui a failli l’être. C’est ce qui a fait que la performance a été de fait-là accrue. »

 

Sans de déperdition de performance d’entrée, vous avez ainsi été fortement “taxés“ par la BOP ou le poids de compensation à partir de la manche de Zandvoort ...

 

« Tout à fait. Le poids nous a souvent pénalisé, la baisse de puissance aussi. Aujourd’hui, si je ne me trompe pas, on a 2,5 % de puissance de moins, on est plus haut en hauteur de caisse, les choses ne sont pas très bien dans notre sens. C’est vrai qu’à Zandvoort, vu qu’on n’était pas très bien du tout, on en avait profité pour tester. Le programme s’étant fait très tard, je n’ai pas eu l’occasion d’essayer quoi que ce soit. Je me suis donc servi du week-end de Zandvoort comme une séance d’essais.

 

Après, de mon côté j’ai eu cette malchance en Slovaquie quand on m’a disqualifié pour une erreur de cartographie de Hyundai. Ce qui m’a fait partir dernier au lieu de 3e. Dans la course 3, alors que j’étais 2 ou 3e, j’ai perdu une roue. Donc ça m’a fait perdre beaucoup de points. Comme au Japon, où en qualif’ on avait techniquement une super voiture, mais en puissance j’étais loin du compte et loin des autres Hyundai.

 

Ce qui a fait que Tarquini en a bien profité pour creuser un écart de 39 points sur Yvan avant Macao. Ça ne lui rappelle-t-il rien ?

 

« En 2009 effectivement on est arrivé à Macao en lutte pour le titre. (voir photos. Ndlr.) »

Tout peut encore se produire sur ce circuit. Mais les cartographies sont dans les mains de Hyundai, pas les miennes ! »

 

Tes liens avec Thed Björk et les Suédois de Cyan Racing laissent-ils présager une association en vue d’aligner les Lynk & Co annoncées pour la saison 2019 ?

 

« Oui c’est une possibilité. Mais aujourd’hui ce qui est sûr est que j’arrête mon team en WTCR. Je veux vraiment réduire mes programmes divers, parce que j’y fais beaucoup trop de choses. (LM P3, GT3. Ndlr.). Je continue en prenant un peu plus d’importance auprès de Cyan et du groupe Geely, qui arrivent l’année prochaine. Je vais donc me concentrer un peu plus là-dessus. Pour les autres programmes de YMR, on va certainement réduire, mais je n’ai pas encore pris la décision. »

 

A 49 ans, Yvan reste une référence de la discipline, et son palmarès s’est étoffé pendant cette première saison en WTCR de 3 victoires, au Nurburgring et à Vila Real en course 1, ainsi qu’à Ningbo en course 2 à la grille inversée. Ce sera pour l’Alsacien une 11e participation sur le circuit de Guia où, qui en vérité, ne lui pas souvent réussi. Sa première expérience infructueuse fut celle en F3 en 1991, et sa dernière en 2014 avec une C-Elysée WTCC. Yvan Muller avait subi une cruelle désillusion à Macao en tombant en panne en vue de son premier titre, mais l’édition de 2008 lui avait donné sa première consécration mondiale au volant de la Seat Léon officielle couvée par Oreca. Curieusement, Yvan a dû attendre 2013 pour enfin remporter une course dans l’ancienne colonie portugaise rendue à la Chine, au volant d’une Chevrolet Cruze RML privée.

        Jean-Luc Taillade

Le noir et blanc convient aussi bien à un portrait actuel d'Yvan qu'à sa Hyundai. © WTCR / Florent Gooden-DPPI

S'ils sont encore six à être mathématiquement en course pour la couronne, Yvan Muller et Gabriele Tarquini, net leader avant ce final du WTCR, en sont les grands favoris. Il y a dix ans, l'année du premier titre d'Yvan, les deux s'affrontaient au sein du team Seat, ici avec Phlippe Leloup et Hugues de Chaunac. © JL Taillade

2008, la Seat Léon n°12 allait ramener suffisamment de points pour permettre à Yvan de devenir champion du Monde. © JL Taillade

2008, le clan hispano-français de Seat Sport pouvait se lâcher pour le titre de Muller. ici Jaime Puig avec Arnaud Elizagaray. © JL Taillade

2008. Moment jubilatoire pour le staff Seat/Oreca, Philippe Leloup avec Hugues de Chaunac. © JL Taillade

Cathy Muller, qui avait disputé et terminé en 11e position le premier Grand Prix F3 de Macao en 83, l'année de la victoire d'Ayrton Senna, radieuse 25 ans plus tard grâce au titre acquis en ce même lieu par son frère cadet. © JL Taillade

Une poignée d'amis-supporters d'Yvan étaient venus à Macao en 2008 pour fêter son titre. A la gauche de Justine, Benjamin Rivière, Evens Stievenart et Olivier Pernaut, tous pilotes en ce temps-là en Trophée Andros chaque hiver. © JL Taillade

“Thriller“ pour l'édition 2009, lorsque Muller et Tarquini, impliqués dans un malencontreux crash commun en essais, avaient tous deux fait un passage par l'hôpital, avant d'en découdre, au bénéfice de l'Italien. Pour Yvan, une épreuve de souffrance physique mémorable, soutenu ici par sa compagne Justine et Philippe Leloup. © JL Taillade

En 2013, l'année du 60e anniversaire du Grand Prix de Macao, en vue de son engagement en WTCC avec Citroën, Sébastien Loeb était venu reconnaître le tracé, invité par Porsche à concourir dans l'épreuve de Carrera Cup Asia (terminé 2e derrière Earl Bamber). En futur équipier, Yvan Muller avait joué le coach. © JL Taillade

Thed Björk était à l'origine de la collaboration entre Yvan et Cyan Racing l'an passé. © JL Taillade

La seule fois où Yvan était à Macao sans piloter, c'était en 2017 lorsqu'il se contentait du rôle de consultant particulier d'un Björk en passe d'être titré. © JL Taillade

Première photo officielle du Team MR Racing/YMR à Marrakech. © WTCR / Paulo Maria-DPPI

On pourrait croire au dédoublement de la personnalité d'Yvan dans l'habitacle de sa Hyundai, comme pilote et propriétaire d'écurie. © WTCR / Paulo Maria-DPPI

Chassez le naturel, il revient au galop ! C'est un peu “par la faute“ des Suédois de Volvo, Polestar et Cyan qu'Yvan a renoué avec les plaisirs du pilotage. © WTCR / François Flamand-DPPI

Seance d'essais sur le mouillé à Marrakech pour la Hyundai YMR. © WTCR / Paulo Maria-DPPI

L'ingénieur espagnol Joan Servia en conversation avec Björk et Muller dans le stand YMR. © WTCR / Paulo Maria-DPPI

Concentration maximum et “bon pied bon oeil“ pour Yvan. © WTCR / Paulo Maria-DPPI

Départ en tête au Nürburgring, la victoire au bout. © WTCR / DPPI

Sur les podiums, par ce geste, Yvan le patron d'équipe entend saluer plus largement le travail de son équipe, et plus particulièrement lorsque son équipier Thed Björk accède à la première marche. © WTCR / Florent Gooden-DPPI

Yvan Muller n'a pourtant l'habitude “d'ouvrir les portes“ à ses adversaires ! © WRT / DPPI

Trois champions du Monde WTCC sur ce podium de Marrakech. © WTCR / François Flamand-DPPI

Yvan a eu l'occasion d'arroser trois victoires dans ce premier championnat WTCR. © WTCR / Florent Gooden-DPPI

Yvan avec Tia, la petite dernière de la famille Muller, à Vila Real. © WTCR / François Flamand-DPPI

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