Une passion, des applications

Adolescent, rien ne me prédestinait à vouloir vivre dans ce milieu. De l’éveil de cet intérêt pour le sport automobile, les premiers flashes reviennent. D’abord ces rares images télévisées – en noir et blanc - des exploits de Jim Clark et autres Graham Hill en F1. Puis ce carambolage au premier tour des 500 Miles d’Indianapolis 1966, remportés par les mêmes Hill devant Clark, Jackie Stewart étant privé de la victoire tout près de l’arrivée sur panne mécanique. Les 24 Heures du Mans, qui ont généré tant de vocations, avaient également droit au chapitre sur le petit écran et ont leur part de responsabilité.

 

Mes premiers symptômes de contamination purent être diagnostiqués lors des premières lectures ludiques, celles des bandes dessinées de “Pilote“ ou du journal de Spirou, qui firent parfois la part belle aux 24 Heures du Mans à l’époque des duels Ferrari-Ford. Ainsi j’ai bien vite pris le train de cette passion, emmenée par la montée en puissance des Matra, la percée sur le plan international des pilotes français en circuit, avec pour locomotive Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo, Johnny Servoz-Gavin ou François Cevert, ainsi que Jean-Claude Andruet, Jean-Luc Thérier et tous les rallymen de la grande équipe Alpine.

Un peu plus tard, c’est en feuilletant les revues spécialisées de l’époque, chez un voisin d’enfance, que mon argent de poche fut vite voué à consommer sans modération Champion, Virage Auto, Sport Auto et les tout jeunes Echappement et Automoto, les mensuel et hebdomadaire lancés par Michel Hommell. A cette époque faisaient référence les voix radiophoniques de Tommy Franklin sur France Inter, de Bernard Spindler animant sur RMC les nuits du Rallye Monte Carlo, aussi indispensables que les modèles d’écriture de Johnny Rives dans l’Equipe. 

Comment pouvais-je alors éviter, au début des 70’s, d’aller me poster à la première occasion sur les talus de spéciale de rallye ou de course de côte, ou ceux d’un circuit. Que ce soit en Haute-Savoie, ou dans mon Sud-Ouest d’origine pendant les vacances scolaires. Pour le montagnard d’adoption, la grande première eut lieu naturellement à domicile au Rallye Mont-Blanc, dans la fameuse spéciale du Col de Joux-Plane. Suivirent la Coupe des Alpes, puis en hiver la Ronde Hivernale de Chamonix, le Neige et Glace, et le Lyon-Charbonnières. Entre temps, les courses de côte de Mirabel, de Cruseilles-Le Salève ou de Puymirol, puis ce magique Tour de France Auto 70 de passage au Revard, où paradaient sur les routes hexagonales les mythiques protos Matra 650, me permirent d’apprécier de visu la variété des disciplines du sport automobile.

Ma première visite sur un circuit fut pour celui d’Albi, lors d’une épreuve nocturne du Tour Auto 71 dominé par les mêmes MS 650 et la Ferrari 512 M de Juncadella et Jabouille. Reste gravée dans ma mémoire cette séquence, quelques jours plus tard, de l’hélicoptère dont débarquèrent à nouveau sur le circuit du Séquestre le grand blond et Migault, revenus dare dare juste après l’arrivée à Nice, pour disputer autant les essais de F3 que de F2. Comment oublier ce Grand Prix d’Europe et Trophée de France d’Albi - excusez du peu – où j’avais l’illustre honneur d’assurer mon premier reportage d’apprenti reporter-rédacteur-photographe pour le mensuel Autopop. Créé par un auvergnat passionné, autant de belles autos que de belles courbes féminimes, il n’a existé que pendant deux ans, le sieur Claude Vorilhon s’éloignant des choses mécaniques hexagonales sans avoir pris soin d’honorer ses dettes. L’illuminé (disons plutôt l’inventeur manipulateur), s’est reconverti en chef de secte sous le nom de Raël, une fois revenu de son improbable escapade interplanétaire, à l’invitation de gentils extraterrestres rencontrés sur les hauteurs volcaniques de sa région. Ben voyons ! 

Malgré cette première expérience avec un mauvais payeur – ce ne sera hélas pas la dernière - mes “essais libres“ sous la bannière Autopop auront servi d’orientation à long terme vers un métier-passion, ou plus exactement de mettre cette passion au service de divers métiers. Car je n’étais pas fait pour un rôle de simple spectateur. La photo et la rédaction étaient les vecteurs nécessaires pour envisager de vivre au contact de la course. Ont suivi des collaborations avec la revue bimensuelle Auto-Course de Jean-Claude Marinho, l’éphémère mensuel Integral de Bernard Dallet, puis après l’arrêt d’Auto-Course et un passage obligatoire sous les drapeaux, les premières piges pour Echappement grâce à Jean-Claude Lamorlette.

 

Parallèlement, une formation de base en école photo et d’imprimerie m’amena à travailler dans un laboratoire art graphique, puis comme vendeur en magasin photo, avant de goûter à l’artisanat de prise de vue et de fourniture de photos aux concurrents des slaloms, courses de côte, rallyes et circuits du Sud-Ouest. Cette période me permit de mieux jauger le monde du travail et ses contraintes administratives. Jusqu’à cette proposition qui ne se refuse pas, d’entrer en 79 à plein temps comme reporter photographe du mensuel Echappement, revue pierre angulaire du groupe de Michel Hommell. Après sept ans sous ce statut, le désir de m’ouvrir à l’international, réclamant plus d’autonomie, imposait de reprendre une certaine indépendance. Ce fut la période de photographe indépendant, attaché aux agences. Brièvement Autopresse, puis Sipa Press et DPPI, tout en gardant un lien direct avec Auto Hebdo grâce à Etienne Moity, son rédacteur en chef historique.

 

En 93, alors qu’Alain Prost s’apprêtait à fêter son quatrième titre mondial et rendre définitivement son volant F1, s’imposa le choix de privilégier le reportage écrit à la place de la photo. Une mutation facilitée par Christian Courtel, puis entretenue par Jean-François Marchet, Pascal Dro et Philippe Séclier. Je suis ainsi resté au service de “l’Hebdo“, mais en devant sans cesse entretenir des occupations parallèles, de journaliste ou non. Car même en bénéficiant d’une fidélité mutuelle et de certains avantages, un journaliste professionnel, catégorisé comme “pigiste“, comme ils disent, n’a pas de garantie de rentabilité dans cette corporation.

Ce qui m’amena à des collaborations aussi diverses que la rédaction et l’animation sur Minitel, l’ancêtre d’internet, ou les commentaires TV sur les Grand Prix F1 de Kiosque, la chaine “pay per view“ de Canal + de 97 à 2002, sur Eurosport principalement sur la F3000, puis Motors TV, enrôlé par Jean-Luc Roy. Parallèlement à mes missions journalistiques, la rédaction de communiqués pour des pilotes ou écuries, comme l’édition de brochures pour l’Association des Teams Français de Formule 3, contribua aussi à élargir mon registre.

Prolongement de plus de 40 années d’observation et de témoignage dans le milieu du sport automobile, ce site internet fortylaps.com, axé sur du magazine, ne prétend pas parler de tout. Laissons cela aux nombreux sites traitant l’actualité journalière. J’y donne juste libre cours à mes témoignages, mes convictions, ou “feeling“ et affinités auront leurs parts, et entends aussi raviver quelques bons moments passés.

 

Jean-Luc Taillade 

© fortylaps.com - 40Laps.com      © Jean-Luc Taillade                                                                                                                        Conception :  Quentin Guibert  (www.quentinguibert.com)