Il y a 40 ans, Jean RONDEAU et

Jean-Pierre JAUSSAUD remportaient les 24 Heures du Mans

Le succès de l'artisan “petit poucet“

face à Porsche avait engendré

la réalisation éclair d'un petit livre

Si l'édition 2020 du double tour d'horloge le plus mondialement connu est repoussée à septembre prochain, crise sanitaire planétaire oblige, si pour couronner le tout les instances de l'ACO et du WEC se sont risquées (avec un certain succès) à innover avec les premières 24 Heures du Mans virtuelles, cette période perturbée permet aussi de se remémorer une autre édition au caractère exceptionnel. D'autant qu'elle profite de son quarantième anniversaire.

Le 15 juin 1980, Jean Rondeau le Manceau - à l'âge de 34 ans - devenait et reste à ce jour le seul pilote-constructeur à avoir inscrit son nom au palmarès. Et de surcroit lui-même au volant d'une de ses voitures.

Sitôt la cérémonie du podium terminée, deux journalistes du Groupe Hommell, Eric Bhat et Christian Courtel, se lançaient dans une opération éclair pour éditer un livre, édité par Thierry Schimpff, dédié à cet exploit et à ce personnage hors pair, qui allait hélas disparaître accidentellement fin 1985.

Que ce soit tous les acteurs, les professionnels des diverses corporations et les spectateurs de la mythique épreuve d'endurance, tous savent ce que représente la dépense d'énergie, même globalement positive, qui implique un certain niveau de fatigue au soir dominical de la plus célèbre épreuve d'endurance. Mais la passion permet de ne pas y penser trop longtemps et de favoriser la récupération. En ce matin du lundi 16 juin, le jeune photographe titulaire de la revue Echappement que j'étais reçoit pour mission commando de reprendre la route vers le chef-lieu de la Sarthe. L'objectif, ramener quelques clichés décalés de l'après-course de l'artisan-héros, de sa valeureuse équipe et de leur modeste atelier de Champagné.

Le résultat de ce reportage improvisé, commandé en noir et blanc pour des raisons économiques de l'époque, peut être qualifié de “vintage“ quarante ans après, et d'une qualité  de prise de vue et d'impression qui peut faire sourire ces jeunes photographes actuels, qui jonglent avec la technologie numérique sans avoir connu les temps glorieux des supports argentiques.

Lucien Monté, l'un des mécaniciens emblématiques de l'équipe Rondeau depuis ses débuts, elle-même émanation de l'aventure mancelle des Inaltera avant de poursuivre sous sa propre dénomination, y a débuté et poursuit depuis l'une des carrières les plus étoffées des disciplines circuit, dont nous aurons l'occasion de reparler. Lucien faisait donc partie des fidèles de Jean Rondeau, et nous rappelle cette épopée.

"Il ne faut pas oublier que l'histoire Rondeau a eu comme point de départ Inaltera et Charles James. Avec Hubert Rohée, je fus l'un des tout premiers embauchés en 1975. Ensuite chacun a fait venir quelques copains ou connaissances. L'époque Inaltera s'est arrêtée après deux saisons 76 et 77, à l'issue de laquelle Heini Mader a tout racheté. Jean a quand même réussi à sortir en 78 la première Rondeau, avec l'appui de "SKF", avec bon nombre de pièces conservées ou des copies conformes issues de la période Inaltera.  En 79, la grande aventure a continué et il n'a pas manqué grand chose pour qu'une Rondeau gagne les 24 Heures. La M379 aux couleurs "Le Point" et "ITT" était la plus en pointe mais a connu des soucis. La “VSD Canon“ a quand même terminé 5e, et avant son accident au petit matin, la "Merlin Plage“ était bien placée elle-aussi. Cette année-là, comme il n'y avait pas beaucoup de constructeurs d'importance, c'est une Porsche 935 qui a gagné  (Avec Ludwig et les frères Whittington. Ndlr.)

En 79, je dirais que la victoire aurait été une surprise, mais en 80, même si nous n'avions pas une stratégie particulière, nous partions très motivés avec pour point d'orgue de gagner. Cela dépendait d'une voiture simple, avec une fiabilité sur la piste réclamant un bon montage à l'atelier et une fiabilité des moteurs et des boîtes de vitesses. Le gros point d'interrogation était quand même le moteur Cosworth, car jamais encore l'un d'entre eux n'avait gagné Le Mans. Et après nous, jamais un autre n'a regagné. D'ailleurs, sur cette photo de famille prise le lundi à Champagné, il manque un personnage clé, Michel Bourqui, le motoriste de chez Mader, qui le mardi a eu le plaisir comme nous d'être reçu à l'Elysée.

On ne va pas détailler toutes les péripéties de la course, qui fut l'une des éditions les plus arrosées de l'histoire. A l'époque, il n'y avait pas les “safety cars“, on roulait quoi qu'il arrive.  Beaucoup de gens ont parlé de la victoire de David contre Goliath, car nous avons lutté contre Porsche, toute une entreprise avec de la matière grise, alors que nous n'avions aucun ingénieur diplômé dans notre équipe artisanale“. A noter néanmoins le coup de main donné lors de cette édition par Jean-François Robin, l'un des anciens piliers de Matra. “Mais il n'y avait pas toute une armada Porsche, mais un engagement de Jöst avec ses 936, bien qu'avec des moyens supérieurs à ceux mis par l'artisan Rondeau, et avec toute l'expérience d'un constructeur ayant déjà gagné les 24 Heures dix ans auparavant.

Ce fut une intense aventure émotionnelle liée aux effets des circonstances, de la météo et des incidents de course. A l'arrivée nous étions bien sûr très contents. Mais on ne s'est réellement rendu compte que l'on avait gagné les 24 heures du Mans qu'au moment des cérémonies qui ont suivi, comme lorsque nous avons été reçus par le Président Giscard d'Estaing.

Personnellement, en 80, j'étais affecté à la voiture n°15, celle de Jean Ragnotti et Henri Pescarolo. C'était Philippe Bone qui était responsable de la n°16. Et puis quand la n°15 a abandonné sur problème de moteur  aux environs de 1h00 du matin. Jean, qui même s'il était pilote à 100 %, a refait sa “garde rapprochée“ avec les gens les plus expérimentés comme mécanicien de course autour de la voiture sur laquelle il fallait tout miser. D'autant que c'était la sienne“.  Jean-Pierre Jaussaud, déjà vainqueur au Mans deux années plus tôt avec Didier Pironi et la Renault Alpine A442, tint évidemment un rôle décisif dans ce succès. “Jean-Pierre a notamment apporté son expérience et sa sérénité, notamment en ne paniquant pas lorsqu'il a connu ce fameux problème de démarreur momentanément récalcitrant. C'était vraiment le personnage très humain qu'il fallait avec Jean, dont le propre côté humain était de faire confiance à 100 %.  Il savait déléguer, en bon chef d'entreprise qui devait payer ses salariés tous les mois, même à cette période-là qui était difficile. Et même quand il mettait le casque de pilote, il faisait confiance sur un plan technique et sur un plan logistique aux gens auxquels il avait donné des consignes. 

En guise d'illustration, une partie de celles de cet ouvrage :  RONDEAU  -  VICTOIRE AU MANS  (S.I.P.E)

(photos © Bernard Asset, Jean-Luc Taillade, Jeff Lehalle, DPPI, AFP, Presse-Sports et archives Rondeau)

                                                                                                                                                                                                           Jean-Luc Taillade    

RONDEAU - Victoire au Mans 1980

Sitôt l'arrivée franchie, décision était prise au sein du groupe Hommell de commémorer cette historique succès de l'artisan manceau et de son équipe en éditant en urgence un livre sous la bannière de S.I.P.E., sa branche édition du moment. Un ouvrage que l'on pourrait aujourd'hui qualifier de “low cost“, avec seules les couvertures en couleur, toutes les autres illustrations en noir et blanc de Bernard Asset, Jean-Luc Taillade, Jeff Lehalle, DPPI, AFP, Presse-Sports et archives Rondeau.

RONDEAU - Victoire au Mans 1980

Sa préface du livre. © DR

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Charles James, l'homme sans lequel Jean Rondeau n'aurait peut-être jamais gagné. © DR

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Livre RONDEAU - Victoire au Mans

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RONDEAU - Victoire au Mans 1980

Lundi 16 juin 1980. Devant l'entrée de l'historique atelier de Champagné, au lendemain du triomphe, photo de famille du noyau dur technique de l'équipe de Jean Rondeau. De G. à D., autour de Jean Rondeau : Philippe Beloou, Lucien Monté, Philippe Bone, Daniel Ménagé, un bénévole au nom ignoré, Jean-Claude Thibault, Jean-Philippe Desmottes, Jacques Besneville et Hubert Rohée. © JL Taillade

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Le repos des guerrières dans l'atelier de Champagné le lendemain des 24 Heures. © JL Taillade

RONDEAU - Victoire au Mans 1980

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RONDEAU - Victoire au Mans 1980

Près de 24 heures après l'apogée de la liesse populaire mancelle au moment du podium. Retour sur le théâtre de l'exploit pour le pilote-constructeur et enfant du pays, la ligne droite des stands pour lui tout seul. © JL Taillade

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RONDEAU - Victoire au Mans 1980

Constructeur-pilote ayant réalisé son rêve d'enfant de triompher à domicile dans l'une des plus réputées courses du monde, Jean Rondeau pouvait reprendre le travail pour pérenniser son entreprise. © DR

RONDEAU - Victoire au Mans 1980

L'édition 1980 des 24 Heures du Mans fut l'une des plus arrosées de l'histoire. Notamment en début de course, la Rondeau M379 de Jaussaud et Rondeau négociant ici les S du Tertre Rouge, en 4e de couverture du livre. © JL Taillade

© fortylaps.com - 40Laps.com      © Jean-Luc Taillade                         https://www.facebook.com/fortylaps/                      Conception :  Quentin Guibert  (www.quentinguibert.com)

RONDEAU - Victoire au Mans 1980

Constructeur-pilote ayant réalisé son rêve d'enfant de triompher à domicile dans l'une des plus réputées courses du monde, Jean Rondeau pouvait reprendre le travail pour pérenniser son entreprise. © DR