MACAO F3 2017

TICKTUM héritier d'un improbable final

HABSBURG héros malheureux

Retour sur cette 64e édition du Grand Prix de Macao, qui se sera montrée l’une des plus indécises dans son histoire.

 

Leader à l’amorce du dernier tour, harcelé par un flamboyant Ferdinand Habsburg, qui déjà tenta l’extérieur avec succès dans l’ultra-rapide courbe de l’hôtel Gran Lapa, Sergio Sette Camara parvint à rester en tête au freinage de l’Hôtel Lisboa dans l’ultime tour. Mais le Brésilien se fourvoya dans une trajectoire trop tendue en protégeant l’intérieur dans le tout dernier virage. L'Autrichien survolté sembla réussir son coup, à nouveau par l’extérieur, mais ne put empêcher sa Dallara bleue du team Carlin d'embrasser le rail. S'il put se traîner jusqu'à ligne d'arrivée en 4e position, c’est là que le jackpot revint à l'Anglais Daniel Ticktum (Dallara-Volkswagen). Après les déboires successifs de ses leaders de l’équipe Motopark, Sette Camara et le Suédois Joel Eriksson, poleman de cette édition et 2e sur la grille de la finale à côté de l’Anglais Callum Ilott (Theodore Racing by Prema Powerteam), Ticktum, superbement revenu de la 5e à la 3e position dans les deux ultimes boucles, hérita ainsi au bout du suspense du privilège de passer le premier sous le drapeau à damier. Le poulain de Red Bull fut finalement accompagné sur le podium par son compatriote Lando Norris (Carlin) et Ralf Aron. L’Estonien de Van Amersfoort Racing paracheva de la sorte une splendide remontée depuis sa 17e place de grille, suivie d’une 13e place en course de qualification. Quant à Sacha Fenestraz, seul Français de cette édition et engagé sur une Dallara du team Carlin peinte aux couleurs de Vaillante, une prestation régulière et prometteuse récompensa une belle 7e place.

 

Depuis qu’elle est réservée aux Formule 3, la légendaire course de Formule 3 macanaise a souvent récompensé des favoris évoluant dans la discipline pendant plusieurs saisons, parfois aussi des pilotes expérimentés déjà passés à l’échelon supérieur, revenus dans la capitale mondiale des jeux d’argent pour y chercher la gloire après une ou plusieurs tentatives. Dans ce dernier cas l’on pense bien sûr à notre Soheil Ayari national, lauréat en 1997, qui venait d’achever sa première saison de F3000, ou le récidiviste Antonio Felix da Costa, alors pilote de DTM et Formula E, revenu en 2016 pour égaler les doubles succès d’Edoardo Mortara et Felix Rosenqvist.

 

Mais ce circuit unique parmi les plus difficiles du monde a également permis à sept néophytes du lieu de s’y imposer. Ce fut bien sûr le cas d’Ayrton Senna lors de la course inaugurale de la F3 sur le tracé de Guia en 1983. Mais aussi ensuite deux ans plus tard son ami brésilien Mauricio Gugelmin. D’autres rookies absolus du tracé suivirent au palmarès avec l’Australien David Brabham (1989), l’Ecossais David Coulthard (1991), nos tricolores Nicolas Lapierre (2003) et Alexandre Prémat (2004), et à ce jour le dernier de la série en la personne du Japonais Keisuke Kunimoto (2008).

 

Le lauréat de l’édition 2017 n’était pas à proprement parler un rookie de l’épreuve, même s’il a créé une surprise certaine. S’il n’a pas encore disputé une saison complète en F3 (c’est prévu cette année en championnat d’Europe FIA), il avait déjà découvert les pièges du tracé chinois au mois de novembre précédant, au volant d’une Dallara de Double R Racing. Dan Ticktum avait auparavant débuté en F3 en tant qu’invité au sein du team Carlin lors de l’ultime manche de fin de saison à Hockenheim, ajoutée à trois courses du championnat d’automne de F3 anglaise BRDC. L’on sait que depuis plusieurs saisons, la FIA impose aux postulants du Grand Prix de Macao désireux de débuter dans la discipline dans l’ex-colonie portugaise de disputer au moins un meeting préparatoire de F3 (en championnat d’Europe ou championnat national).

 

Il faut également savoir que lors de sa fin de saison 2016, le Londonien de 18 ans revenait de suspension. Sous la forme d’une exclusion de la compétition pour deux saisons, prononcée après un incident dont il fut l’auteur en 2015 lors de sa première saison de monoplace, dans le championnat MSA Formula (la F4 britannique). Vainqueur de trois courses et leader provisoire, il “s’illustra“ à Silverstone en dépassant dix voitures en période de “safety car“, … pour venir accrocher volontairement son rival Ricky Collard. De quoi se doter momentanément d’une étiquette de sale gosse !

 

Sa réhabilitation amorcée fin 2016 amena Ticktum à une 8e place à Macao en course de qualification, avant un abandon en course principale. Ce qui fut suffisamment remarqué par Red Bull pour l’intégrer dans son junior team pour 2017. Avec comme mission de se rebâtir une réputation de bonne conduite en Eurocup Formula Renault 2.0, placé chez Arden International, et assisté sur les courses pour son reconditionnement mental et sa préparation physique par Xavier Feuillée (3.2.1. Perform). Objectif plutôt bien atteint, avec 1 victoire au Hungaroring, une pole position, trois podiums et une 7e place finale, la 2e des rookies. Son enrôlement pour la Coupe du Monde FIA F3 par l’équipe allemande Motopark représentait une bonne étape en vue de disputer le championnat d’Europe 2018. Il le disputera bien comme fer de lance du team de Timo Rumpfkeil, … et fort d’une première palme la plus prestigieuse de la discipline sur son palmarès, obtenue dans les derniers hectomètres suite à l’incroyable duel achevé “en cœur“ dans les rails du dernier virage par Ferdinand Habsburg et Sergio Sette Camara.

        Jean-Luc Taillade

© fortylaps.com - 40Laps.com      © Jean-Luc Taillade                                                                                                                        Conception :  Quentin Guibert  (www.quentinguibert.com)