Trois champions de rallye français à l'Ecole de la F1
Retour sur un reportage insolite réalisé il y a 30 ans pour AUTO hebdo
Didier AURIOL, François DELECOUR et Patrick BERNARDINI
conviés chez AGS F1 Challenge
Un jour de beau temps en mars 1996, le Circuit du Luc-en-Provence accueillait le tout frais Champion du Monde des Rallyes 94, le vice-champion du Monde 93, et le Champion de France des Rallyes 95. Ce dernier ayant rejoint en 95 les deux premiers en intégrant la liste des vainqueurs du Rallye Monte-Carlo. Leur mission en cette belle journée printanière, s'essayer au volant des dernières F1 de la marque de Gonfaron chère à Henri Julien, transformées en monoplaces-école. A cette période, l'entreprise et la marque étaient la propriété de François Sallaz et animée par Jean-Louis Pau.
Première lignes de l'article publié dans AUTO hebdo 1027 du 27 mars 1996 :
"L'idée nous est venue à l'arrivée du rallye de Monte-Carlo 95. Ce jour-là, François Delecour venait de terminer à la 2e place derrière Carlos Sainz, et plutôt que de nier le déroulement d'une course qu'il n'avait pas gagnée, avait accepté le résultat avec philosophie et professionnalisme. Une philosophie qui l'incita aussi à aborder d'autres sujets ne concernant pas sa passion sans borne pour le rallye, et notamment son envie inassouvie d'essayer un jour une Formule 1. Ce souhait, émis par voie télévisuelle, n'avait pas laissé insensibles quelques personnes, dont Jean-Louis Pau, le maître d'oeuvre d'AGS F1 Challenge, et l'auteur de ces lignes.
C'est ainsi qu'à l'issue d'une discussion de comptoir lors du Salon de la Compétition, les deux protagonistes décidèrent de relever le défi et proposer à Delecour de passer à l'acte. Dans le même temps, les deux complices avaient imaginé associer à cette entreprise Didier Auriol, le "frère ennemi“ encore tout auréolé de son titre de champion du monde. Nos deux rallymen internationaux les plus représentatifs, cela ne vous étonnera pas, s'étaient montrés d'emblée très enthousiastes à cette idée, mais le plus dur restait à faire: trouver une date commune sur leurs plannings, et celui de "l'école AGS". Les aléas du calendrier conduisirent à piétiner et c'est ainsi que le défi , au fur et à mesure de la saison 95, tomba aux oubliettes.
Ce serait pourtant mal connaître les instigateurs de cette idée farfelue qui ont ressorti le dossier du tiroir un an après, lors du même salon des sports mécaniques. Cette fois-ci, les circonstances se sont avérées plus que favorables: nos deux as de la quatre roues motrices turbo-compressée, comme chaque lecteur d'Auto-hebdo le sait, étaient en mal de programme complet en championnat du monde. Donc plus à même de participer à cette récréation. Et comme, décidément, les deux gentils organisateurs de cet essai insolite ont le don de compliquer les choses, ils n'ont pu s'empêcher de convoquer Patrick Bernardini, prétextant de l'arrivée du Corse dans l'élite internationale après sa victoire au Monte-Carlo. Rendez-vous était donc donné à ce trio tonique le 5 mars, sur le circuit du Luc-en-Provence, la base d'AGS. ... (en illustration les pages publiées dans la revue)."
Missionnés pour cette belle journée ensoleillée, le couple d'amis photographes Michel et Michèle Morelli-Bertier étaient là pour assurer une grande partie des images du reportage.
Etaient également présents deux jeunes pilotes de circuit. Stéphane Sallaz naturellement, étant le fils du propriétaire d'AGS François Sallaz. Le natif d'Annecy était cette année-là pilote de la Filière Elf en FR, et en F3 l'année suivante. Il a hélas disparu bien trop tôt deux ans plus tard, comme son copain Anthony Gheza, autre jeune pilote varois, victimes tous deux d'un accident routier.
L'autre espoir du circuit invité au stage était Stéphane Sarrazin, sur le point de disputer sa deuxième saison de F3. Il faut dire que le pilote de Barjac, fils de René (l'un des tout meilleurs rallymen gardois en son temps), Stéphane était un véritable fan de Didier Auriol pendant son adolescence, allant souvent le voir passer dans les spéciales cévenoles. Ce jour-là, sa carrière en circuit était déjà bien lancée, avec un titre de champion de France de Formule Renault 94. Mais s'il savait à cette époque qu'il ferait du rallye à un moment ou un autre, son rêve était d'abord focalisé sur la F1.
Le jour où nous avons failli conduire une F1
Anecdotiquement, il était prévu que Stéphane puisse faire quelques tours dès ce jour-là dans le baquet d'un de ces AGS à moteur Cosworth, de même que l'auteur de ces lignes, une fois que les sessions des trois célébrités et les prises de vue soit terminées. Il n'en fut malheureusement rien à cause des circonstances imprévues. D'abord le bris de boîte de vitesses sur la JH24 alors aux mains de Bernardini. Puis lors de la dernière série de tours de Delecour, lorsque, observé par ses compères du bord de la piste dans une portion technique - voulut-il les impressionner !? - dans son ardeur il ne put éviter un tout droit hors piste. L'onéreux fond plat en carbone n'y résista pas. Faute de pièce de rechange en magasin, et vu l'horaire bien avancé, nos tours de baptême furent évidemment annulés. Pour Stéphane, l'échéance fut juste décalée de quelques années pour goûter de la F1, et même en plus contemporaine, avec les tests pour Prost Grand Prix et sa participation chez Minardi au Grand Prix du Brésil. Pour moi, c'est resté dans le domaine de l'inassouvi.
Jean-Luc Taillade
( Cliquer sur les photos pour agrandir et faire défiler ) Octobre 2026





























