João Manuel COSTA ANTUNES - Coordinateur du Grand Prix de Macao

A la rencontre du maître d’œuvre de la plus prestigieuse épreuve automobile du sud-est asiatique...

Juste après l’édition 2013, celle du 60° anniversaire, le Coordinateur du Comité d’Organisation du Grand Prix de Macao, sous la Présidence de Cheong U (Secrétaire des Affaires Sociales et de la Culture de Macao), nous a reçu pour retracer sa carrière et son implication. Non seulement dans le développement de cette atypique épreuve asiatique, mais aussi celui de la dernière colonie européenne en Asie, rendue à la Chine après 442 ans, le 20 décembre 1999.

 Important comptoir pour les échanges entre la Chine, l’Europe et le Japon, Macao fut longtemps administré par le Portugal. Jusqu’à sa restitution à la Chine programmée. Un certain nombre de citoyens portugais y sont restés très actifs. Parmi eux, et non des moindres, Sr. Joao Manuel Costa Antunes.

 

Ingénieur de construction civile, Joao Manuel Costa Antunes s’y est installé en 83. Explications.

« Je suis né à Lisbonne, où j’ai mené des études universitaires, achevées à l’Institut Supérieur de l’Ingénierie. J’ai commencé à travailler en 74, l’année de la révolution au Portugal. A cette époque je travaillais dans un conglomérat économique très puissant. Mais avec la révolution et la nationalisation des banques, tout a changé. A ce moment-là j’ai été invité à travailler pour le gouvernement, au Ministère de l’Intérieur. Les difficultés d’infrastructure ne manquaient pas dans tout le Portugal. Ils ont créé 50 bureaux d’appui technique, et nous travaillions pour les mairies. J’ai eu l’opportunité d’œuvrer à la coordination de ces bureaux, avec les villes de Alcobaça, Nazaré, Caldas da Rainha, Obidos, Bombarral et Peniche, dans un rayon d’une centaine de km de Lisbonne, de 75 à 83. Nos priorités d’aménagement était l’école, l’eau et la collecte des ordures.

 

J’ai aussi suivi des stages en France, pour préparer les régions à obtenir les fonds de support financier de la communauté européenne. Notamment à l’Ecole Supérieure d’Ingénieur Rural de Strasbourg. Et aussi deux semaines à Aix-en-Provence dans une agence hydraulique.

Du sport automobile, à cette époque-là, je m’intéressais seulement au rallye.

 

C’est alors que l’on m’a proposé de partir à Macao. J’ai hésité parce que je venais de terminer ma formation pour développer le Portugal. Mais mon supérieur m’a convaincu que c’était une bonne opportunité. Je suis venu en 83 avec pour mission d’être un conseiller travaillant directement avec les “ministres“. Macao était géré par un gouverneur et cinq secrétaires, équivalent à des ministres. Avant 90 et l’afflux ayant lieu dans le milieu des affaires, il y avait peu de Portugais à Macao. Je travaillais au Secrétariat de l’infrastructure et de la construction, et c’est à ce moment-là qu’a eu lieu un grand virage dans ces domaines. Lorsque je suis arrivé, il fallait attendre deux heures pour arriver à joindre le Portugal par téléphone. L’eau était jaune (rire !), il n’y avait pas de système pour collecter les ordures ménagères. En été l’électricité coupait après 22 heures la nuit à cause de la climatisation. Il y avait peu de bateaux reliant Hong Kong. C’est à cette période que j’ai eu l’opportunité de faire avancer ces choses. Après un an comme conseiller, le gouverneur m’a chargé d’un travail plus précis : être pendant près de trois ans le vice-président du Real Senado, en quelque sorte le vice-maire de la ville en charge de la technique.

 

Mon contrat terminé, j’ai décidé de rester à Macao parce que mes enfants, venus à l’âge de 4 et 7 ans, y étaient scolarisés. Après j’ai travaillé un an comme conseiller au service maritime, ce qui m’a permis de connaître toute cette partie, avec par exemple les nombreux ponts. Sur le plan culturel, je dois dire que j’ai été l’un des initiateurs du Musée Maritime. On m’a demandé de travailler au bureau du Tourisme. J’ai refusé parce que je ne connaissais pas beaucoup ce domaine. Je me suis alors occupé du projet de building World Trade Center (situé juste après l’Hôtel Gran Lapa, l’ex-Hôtel Mandarin, dans la fameuse grande courbe rapide du tracé de Macao. Ndlr.). J’en ai été le premier président pour organiser la coordination du bâtiment. En même temps, j’étais vice-président du Tourisme, pour des raisons légales de justification de salaire.

Puis, le 25 avril 88, le président du Tourisme a décidé d’arrêter pour des raisons personnelles, et m’a demandé de prendre la suite jusqu’au mois de décembre. Cela a complètement changé ma vie. J’ai commencé à étudier ce qu’est le tourisme, à participer à l’organisation internationale PATA (Pacific Asia Travel Association). Après 88, nous avons créé de nombreux événements. Comme des régates de bateaux dragons, ou l’élection de Miss Macao. Puis le festival de feux d’artifices, mondialement connu. Ensuite j’ai mené la coordination du festival international de musique. Et finalement, en même temps que Directeur du Bureau de Tourisme, j’ai été en charge de l’organisation du Grand Prix de Macao.

 

A ce moment-là, j’ai commencé à essayer de changer les mentalités et ce cliché péjoratif qui assimile Macao à “l’enfer du jeu“. J’ai continué de développer le tourisme, tout en travaillant comme coordinateur à la commission organisatrice du Grand Prix. Maintenant je suis le “chairman“, le président de la PATA, et en décembre 2012 j’ai terminé mon contrat de directeur du Bureau de Tourisme après presque 25 années.

En 2013, nous avons célébré le 60e Grand Prix, et je me suis concentré sur ce sujet. En vue de cette édition anniversaire a été décidé la construction d’une nouvelle tour de contrôle. Egalement d’organiser le meeting sur deux week-ends successifs. Mon passé d’ingénieur civil de construction m’a aidé pour mener la démolition de l’ancienne tour et construire la nouvelle, le tout en sept mois. Le lendemain de l’épreuve, après un debriefing, la préparation de l’édition 2014 a commencé. »

Comment s’est passée la période de restitution de Macao à la Chine ?

 

« Après l’édition 98 du Grand Prix, on m’a demandé d’être le coordinateur général de la cérémonie de “transferência“ (en portugais, qui signifie restitution, ou handover en anglais. Ndlr.) prévue fin 99. Durant un an, j’ai commencé à organiser l'événement, ici dans mon bureau, et qui s'est déroulé avec la participation des 11 000 personnes présentes, recensées et contrôlées par Interpol. C’est depuis la révolution à Lisbonne en 1976, que Macao a obtenu ce qui est devenu son statut différent, en étant juste une partie de la Chine sous administration portugaise. L’armée portugaise était rentrée au pays, et il n’y avait plus qu’une police macanaise. » Désormais, comme Hong Kong, Macao est une S.A.R. (Special Administrative Region).

« Quand j’ai commencé à m’occuper de l’organisation du Grand Prix, il n’y avait pas beaucoup de personnel local dans l’équipe, l’essentiel provenant de Hong Kong. Pour pérenniser la transition, il fallait que tout le monde soit concerné. L’Automobile Club de Macao a été créé à ce moment-là. Auparavant le Grand Prix était organisé sous le patronage de l’Automobile Club du Portugal. Maintenant, tous sont des locaux, et nous n’avons besoin de rien, à l’exception des personnes qui nous sont envoyées par la FIA pour assurer au Grand Prix son statut international. Comme les délégués sportifs et techniques, ou les médecins français comme Jacques Isserman, Jacques Tropenat et Alain Chantegret.

L’année 1983, où je suis arrivé à Macao, a coïncidé au remplacement de la Formule Pacific en tant qu’épreuve phare du Grand Prix par la Formule 3. Son ère a commencé avec la victoire d’Ayrton Senna, engagé par Teddy Yip qui était associé avec Stanley Ho dans les casinos de Macao, et s’était impliqué depuis 1976 dans le Grand Prix. Depuis, Barry Bland et sa société Motor Race Consultants Ltd tiennent toujours un rôle important pour constituer le plateau F3, l’autre épreuve-phare étant le Grand Prix moto. »

Comme pour tous les Grand Prix citadins, la logistique demande une organisation et une préparation assez complexe. En face du principal terminal maritime sur la presqu’île de Guia, point d’accostage principal de Macao, d’où les ferries ou autres “turbojets“ ou hélicoptères font d’incessants aller-retour vers le port ou l’aéroport de Hong Kong, un bâtiment d’un étage ne paie pas de mine. C’est pourtant là, au-dessus d’un rez-de-chaussée abritant de modestes stands en dur ne servant qu’une fois l’an à la compétition, que sont basés les bureaux du Comité d’Organisation. Nous y avions rendez-vous le mercredi 20 novembre avec Joao Manuel Costa Antunes.

« Nous travaillons toute l’année dans ce bâtiment, qui abrite 35 personnes composant neuf sous-comités, confirme-t-il. Une dizaine de réunions par an est prévue. La réunion générale siège en fin d’année, juste après le Grand Prix. Jusqu’en mars, on détermine tout le programme, condition première avant d’établir et commencer la promotion.

Nous avions déjà organisé un double-meeting sur deux week-ends pour la 50e édition, précise notre hôte. Nous commençons à monter l’infrastructure, comme les rails, à la mi-septembre, et tout est prêt deux semaines avant le Grand Prix. Le dimanche précédent, nous devons faire la première inspection, et la FIA vient le mercredi suivant. Près de 2000 personnes travaillent les jours de course d’un GP de Macao. Le démontage prend une douzaine de jours. »

 Pour ces soixante bougies de l’équivalent asiatique du Grand Prix de Monaco, les dirigeants des Fédérations Chinoises du Sport Automobile et de la Moto étaient présents, ainsi que quelques représentants du Comité Olympique de Chine.

« Nous travaillons très bien ensemble, et Macao organise couramment des réunions internationales de techniciens ou médecins pour la FIA. Jean Todt est venu pour la première fois au GP de Macao pour cette 60e édition anniversaire. Qui pour cet anniversaire a connu un succès d’affluence. Sans compter le premier week-end qui accueillait notamment les dernières manches de la Carrera Cup Asia, l’Audi LMS Cup et une épreuve hors-championnat de la Formula Masters China, celui du Grand Prix proprement dit a vu ses 30 000 billets édités vendus. « Les recettes du GP 2014 ont été supérieures de 50% à celles de 2013, détaille Costa Antunes. 15 millions contre 10 M HKD (Hong Kong Dollars. Ndlr.) seulement en tickets vendus. Les revenus globaux du GP 2014 atteignent plus de 65 M HKD (plus de 6 M d’Euros. Ndlr.). Quant au nombre global de visiteurs qui viennent à Macao pour le week-end du GP, il représente plus de 460 000 personnes, soit 14% de plus qu’en 2013. »

 

Enfin, le port de Macao, comme l'aéroport construit sur du terrain gagné sur la mer le long de l'île de Taipa, vont recevoir bientôt le renfort d'une liaison routière gigantesque. Une construction mixte de ponts et tunnels, sur l'estuaire de la Rivière des Perles, reliera Lantau, l'île aéroportuaire de Hong Kong à l'île de Qi'ao et la ville de Zhuhai, limitrophe de Macao. Commencé en 2011, cet ouvrage d'art va accroître l'accessibilité de Macao et Zhuhai depuis Hong Kong et Shenzen à l'horizon 2015 – 2016.

Jean-Luc Taillade

Couverture de la revue de bord de Air Macao. © JL Taillade

Comme l'ancienne, la nouvelle tour de commandement surplombe la voie des stands. © JL Taillade

João Manuel COSTA ANTUNES

João Manuel COSTA ANTUNES

Alicia Khan, Ana Chiu et Janice Chan assurent le secrétariat de Joao Manuel Costa Antunes. © JL Taillade

Traditionnellement, Joao Manuel Costa Antunes réunit le staff d'organisation avant d'ouvrir le Grand Prix. © JL Taillade

Lorsque l'on s'inscrit dans la fameuse courbe du “Mandarin“ se dessine le “World Trade Center“, qui paraît désormais bien modeste au milieu des récents buildings de Macao. © JL Taillade

Cette fresque de la cérémonie de la “Transferencia“ est exposée à l'intérieur du rez de chaussée de la Tour de Macao. © JL Taillade

Chaque année, des tests de formation d''extractions d'éventuels blessés sont menés sous la responsabilité des Docteurs délégués par la FIA, ici Jacques Isserman et Jacques Tropenat. © JL Taillade

Sur la grille de départ, Barry Bland (MRC Consultants) en conversation avec Anja Wente (FIA F3). © JL Taillade

Au service des journalistes internationaux, PR Plus est une société de Hong Kong spécialisée dans le sport automobile. Sans la compétence et la gentillesse de Nikki Kemp (qui se regarde sur l'écran) et Melanie Ho, qui entourent leur traductrice chinoise, je n'aurais pas pu devenir un habitué du Grand Prix de Macao. © JL Taillade

Si les F3 et motos bénéficient des garages en dur, les WTCC prennent place à chaque édition dans des stands démontables, les autres séries sont basées dans un souterrain. © JL Taillade

Bye bye Macau ... See you soon ! © JL Taillade

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