IMOLA, l'unique course de Formule Renault 76 non remportée

par Alain PROST

De 1975 à 77, le Championnat de France de Formule Renault Nationale était prolongé par le Challenge européen de Formule Renault. La base des deux motorisations était le 1 600 cm3 issu de la Renault  R12 Gordini, mais celui des Formule Renault Europe était plus puissant, tandis qu'elles étaient chaussées de gommes Michelin plus larges.

La saison 76 fut celle des débuts fracassants du Pilote Elf issu de l'Ecole Winfield du circuit Paul Ricard, un certain Alain Prost .

Dominateur sans partage, le pilote originaire de Saint-Chamond, dont la petite structure était basée dans le village de Saint-Parize-le-Chatel, à quelques hectomètres du circuit de Magny-Cours, monopolisa les victoires de manière implacable dans les douze premières manches. Au point que ses adversaires en avaient presque pris leur parti, faisant acte d'une sorte de soumission face à l'étoile montante de la monoplace.

Derrière le prodige, qui avait raflé toutes les pole positions, l'Orléanais Yves Le Strat occupait le plus souvent la première place des autres. Un seul insolent avait réussi à brûler la politesse au leader du championnat, pendant quelques centaines de mètres après le départ à Albi. Il s'agissait de Patrice Lavergne, Volant Motul sortant et l'un des autres “rookies“ de la saison.

Pour ces Finales de ses deux disciplines monoplace disputées lors des derniers jour d'octobre, la Promotion Sportive de Renault était en excursion en Italie, plus exactement en Emilie-Romagne. Sur le circuit Enzo et Dino Ferrari d'Imola, une semaine après la manche du circuit Paul Ricard. Contre toute attente, le futur quadruple champion du monde de F1 allait subir les conséquences de l'unique ennui mécanique de sa première saison de monoplace d'anthologie. A cette époque, les concurrents de la Formule Renault devaient d'abord disputer une manche qualificative, avant la course finale. Assuré d'être le dauphin final du phénomène, Le Strat avait renoncé au déplacement. Prost paracheva son score parfait de pole positions, fixant la 13e en laissant Lavergne à 1 seconde et demie. Ce dernier domina sa manche, mais dans la sienne, caracolant en tête, Alain dut couper son élan à cause d'une panne électrique.

En finale, la remontée depuis le fond de grille de Prost, déjà revenu 4e au deuxième tour, fut alors stoppée par un problème moteur. Le capot avant “sabot“ de sa Martini MK17 Elf se serait déformé pour obstruer l'entrée d'air lors d'un franchissement d'une bordure. Mais un doute subsiste encore au sujet d'une intervention extérieure mal intentionnée sur sa monoplace. En tête depuis le départ, Lavergne était devenu l'intouchable de service. Malheureusement, Patrice savait déjà qu'il ne signerait pas ce jour-là son premier succès en Formule Renault. Le règlement du moment interdisant aux cinq premiers du championnat de “redoubler“, pour les inciter à s'aligner en 77 en Formule Renault Europe, le Toulousain avait déjà fait son choix le plus réaliste. Car l'écurie Motul-Nogaro, sous la responsabilité d'Yves Bastiment et d'André Diviès, le président de l'ASA Armagnac-Bigorre et du circuit gersois, lui avait donné l'assurance budgétaire de rester et viser le titre dans la série Nationale. Avec sans doute une certaine pointe de frustration, Lavergne attendit que son ami et équipier Patrick Piget, parti à son côté en première ligne, parvienne à reprendre le meilleur sur Jean-Daniel Raulet. Ainsi Lavergne soulagea son effort et se laissa glisser au 5e rang derrière aussi Joël Gouhier et Philippe Jaffrenou. Au championnat, le podium final fut scellé pour le trio Prost, Le Strat et Raulet, tandis que derrière Michel Lemétayer et Alain Hubert, Patrice Lavergne et Patrick Piget terminèrent 6e et 7e, à égalité de points.

Jean-Luc Taillade

© fortylaps.com - 40Laps.com      © Jean-Luc Taillade                         https://www.facebook.com/fortylaps/                      Conception :  Quentin Guibert  (www.quentinguibert.com)