Bruno SABY et sa R8 Gordini

au Rallye Hivernal du DEVOLUY

Objectif Monte-Carlo Historique

C'était fin octobre. Un appel téléphonique de l'ami Alain Goubet. Spécialisé entre autres dans la décoration personnalisée des autos de course jusqu'à l'élaboration des programmes d'épreuves, le Murois venait d'être chargé par Bruno Saby de lui concocter une plaque de rallye spécialement dédiée à son implication caritative pour l'opération "Espoir“ de l'association “Isère contre le Cancer“, et sa participation au Rallye Monte-Carlo Historique 2019 avec une R8 Gordini.

Ayant besoin d'un décor enneigé, pour cette plaque spéciale destinée à la 22e édition du Rallye Monte-Carlo Historique, Alain allait trouver son bonheur dans un cliché pris il y a quelques années à Val Thorens, un jour de Trophée Andros. Ce petit coup de pouce ne pouvait pas rester sans suite, et c'est naturellement qu'une petite virée s'imposait en ce 14 décembre au Rallye Hivernal du Dévoluy. L'épreuve préalable choisie par le légendaire pilote grenoblois pour faire connaissance avec sa nouvelle monture, une R8 Gordini strictement de série, dans l'épreuve de VHRS (Rallye Historique de Régularité Sportive).

Une discipline VHRS que Bruno Saby pratique occasionnellement depuis 2008, comme il nous l'explique :

Mon idée première était de fêter avec une Vespa 400 ma victoire au Rallye Monte Carlo 88  (sur Lancia Delta officielle. Ndlr.). C'était un rêve de gamin et j'aime bien les challenges sortant de l'ordinaire. Quand j'ai acheté cette voiture, j'ai tout de suite vu, avec la file de voitures que je bouchonnais en remontant vers chez moi, que ce serait difficile d'arriver à faire avec le Monte-Carlo Historique. Mais j'avais pu quand même monter l'opération avec une Fiat 500 Abarth un peu préparée que m'avait prêtée Jean Ferry  (vainqueur en 2003 avec une Autobianchi A112 Abarth. Ndlr.). Avec Jean-François Fauchille, on avait passé un bon moment et terminé pour cette première expérience, malgré quelques problèmes techniques. Mais c'était marrant, même si je ne courais pas après cette discipline. C'était très différent de tout ce que j'avais vécu, mais j'aime bien goûter à tout et j'ai toujours essayé de respecter ce qu'on nous donnait, même si ce n'est pas toujours ce que j'attends de la course automobile. On n'y comprenait pas trop et on avait essayé de jouer le jeu du rallye de régularité. Je ne regrette pas, d'autant que depuis Jean-François nous a quittés.

 

Et puis après, j'ai essayé de le faire un peu plus sérieusement. Comme Denis Giraudet voulait goûter à ça aussi, on l'a fait en 2010 avec ma berlinette Alpine. On avait encore beaucoup à apprendre de ce système de régularité, mais on s'en est bien sorti car on a fini 3e. Ce qui avait un peu étonné tout le monde, qu'un pilote de vitesse arrive à faire de la régularité ... c'est un peu contre nature. Mais quand il y avait des parties difficiles, par exemple dans le col de l'Echarasson avec de la neige, on arrivait à reprendre du retard concédé par manque de régularité.

 

En 2012, on l'a refait avec une Autobianchi, une même voiture avec laquelle j'avais couru plus de 30 ans auparavant. Depuis, je n'avais pas refait le Monte-Carlo Historique, jusqu'à cette année avec cette Vespa 400 et Jean-Louis Mathon.

 

Ce qui me fait plaisir, c'est de retourner sur le Monte-Carlo d'une manière ou d'une autre, de re-pratiquer ces routes, retourner sur ces épreuves mythiques où il y a une histoire, une âme, des gens qui nous attendent et nous aiment, des points intéressants comme à Antraïgues ou St Bonnet-le-Froid. Je me suis dit que quitte à retourner sur ces épreuves pour le plaisir, autant y associer une opération caritative. Comme je suis parrain de plusieurs associations, la prioritaire pour moi étant “Espoir Isère contre le Cancer“  (Renée, l'épouse de Bruno en a été victime, partie beaucoup trop tôt il y a sept ans. Ndlr.). On en profite pour récolter des fonds chaque fois que je monte une opération dans le golf ou d'autres événements automobiles dans ma région. Une épreuve prestigieuse comme le Monte-Carlo attire du monde. Cela a bien marché avec la Vespa 400, même si c'était difficile dans les montées du Turini et de la Couillole, et cela a bien été traduit dans la presse. L'association était contente avec pas mal de dons récoltés.

Chaque année j'essaie de monter un coup original sur le Monte-Carlo, qui fait partie de ma vie. Pour cette année, c'était l'occasion de choisir cette R8 Gordini qui appartenait à André Froment, notre “Dédé“qui n'est plus là, et qui était l'un des trois plus fidèles mécaniciens membres de mon assistance pendant ma carrière. Les deux autres, qui étaient leur copain, prenaient soin de la R8 G au Dévoluy. Mon idée était de reprendre cette voiture en souvenir de lui, et d'autant que je n'avais jamais piloté une R8 Gordini. Quand j'étais jeune, je n'avais pas les moyens de m'en payer une et je m'étais rabattu sur une Simca moins chère. J'en rêvais donc encore. C'était l'occasion de faire un rallye en R8 Gordini et avec cet esprit, avec ses copains et en pensant à lui. Sa famille et les gens de La Mure ont apprécié. On a aussi fait ces plaques pour les vendre pendant le rallye, une façon de faire une collecte spéciale pour l'association.

Ce Rallye Hivernal du Dévoluy était parfait, même si malheureusement on n'a pas eu beaucoup de neige cette fois. Mais comme rares sont les épreuves où on peut évoluer sur la neige, le peu que l'on a eu a permis de rouler dans des conditions changeantes comme on peut en trouver au Monte-Carlo, avec un peu de glace et des pièges humides. Du coup on a pu passer en revue nos pneus, constater que l'auto était étanche, qu'elle chauffait l'habitacle, qu'elle dégivrait, qu'elle démarrait bien le matin  (par -7 °C. Ndlr.). C'était l'idéal et il faut reconnaître que les organisateurs sont exceptionnels. Gentils, souriants, et font ce qu'ils peuvent avec des petits moyens."  Bruno Saby et son coéquipier se sont classés 3e du classement VHRS derrière la Mazda RX 2 de Serge Garosi - Michel Périn (2e).

 

C'était une bonne sortie rassurante et l'occasion de remettre l'équipe dans le bain, de tester mon nouveau coéquipier, avec ses appareils de navigation que je ne connaissais pas et qui ont bien fonctionné. Même s'il faut faire beaucoup de bornes pour être bien dans le rythme. Il faut s'adapter. Le pilotage n'est pas le même. Eloigné même de tout ce que j'ai pratiqué, mais il y a des secteurs, quand on se retrouve dans la neige et dans le sinueux, où on est obligé de rouler fort. Pour rouler à des moyennes de 60 ou 70, parois ce n'est pas évident. C'est très séquentiel, il faut savoir réagir au bon moment, et c'est un exercice très particulier. Ça n'a rien à voir avec le reste, mais il y a toujours cet esprit de compétition. J'ai toujours cherché à faire le mieux possible. C'est nouveau pour moi et c'est ce qui fait le charme du sport automobile. Ce n'est pas la discipline que j'ai préféré dans tout ce que j'ai fait dans ma carrière, mais elle me permet de prolonger, de garder le contact par des opérations comme le Monte-Carlo. Je ne ferais pas toute l'année ce genre d'épreuve, mais c'est une ambiance et c'est une partie de ma vie. Le Monte-Carlo était l'épreuve qui m'a le plus motivé pour faire de la course, je reste dans ce milieu et j'ai de bons rapports avec les organisateurs, ils me proposent chaque année de piloter la voiture 0. J'ai fait un tour aussi cette année sur l'électrique, je suis toujours proche de ce qui se passe à Monaco, et ça me fait plaisir d'y être.

Juste après ce témoignage, et avant les fêtes de fin d'année, Bruno Saby était également attendu à Serre-Chevalier avec sa R8 Gordini, tout comme son fils Pierre avec une nouvelle Alpine A110. Julien Laurent, qui pérennise brillamment l'activité du circuit de glace de la station du Briançonnais, devait y présenter son programme de la saison hivernale, et au passage son projet d'accueillir à nouveau sur le circuit une épreuve spéciale du Rallye Monte-Carlo, comme en 1980 pour la toute première épreuve chronométrée, après le parcours de concentration s'y étant achevé. Le projet vise l'année 2020, pour les quarante ans de l'accueil précédent du Rallye de championnat du Monde.

Jean-Luc Taillade    

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