Leader du championnat F4 SEA

Alessandro GHIRETTI

proche de ses débuts en F4 France

A la mi-juillet, nous l'avions laissé entre les deux premières manches de la série du Sud-est Asiatique disputées sur le circuit de Sepang. Depuis, l'espoir de Marrakech a progressivement remonté son handicap de points concédé lors d'une panne mécanique durant le premier meeting. Trois manches plus tard, après le double rendez-vous en Inde près de Madras, Alessandro Ghiretti a concrétisé sa suprématie et pointe au commandement à mi-saison devant le Thaïlandais Kane Sheperd.

Son mois d'octobre s'annonce très intense, car juste avant la double manche thaïlandaise de Buriram, le Franco-marrakchi a l'opportunité de disputer les deux dernières manches du championnat de France FFSA de la discipline, à Jerez (en Andalousie) puis sur le Circuit Paul Ricard.

Troisième au classement cumulé de la première manche du championnat 2018 en Malaisie, avec au passage une victoire en course 1, Alessandro comptait bien faire mieux pour la deuxième manche disputée sur ce même circuit de Sepang, les 13, 14 et 15 juillet. Malheureusement, un dysfonctionnement de sa boîte de vitesses tout au long du week-end allait contrarier ses ambitions. 2e de la course 1 derrière Kane Sheperd, il parvenait quand même à remporter la course 2 depuis sa place de grille inversée. Hélas, en course 3, la défaillance définitive de l'organe de transmission immobilisait avant terme sa Mygale N°28. Ce qui reléguait Ghiretti au 4e rang du meeting, et lui faisait perdre de gros points au classement général.

Mais depuis, sur le circuit de Madras, dans la province de Chennai plus exactement, son séjour en Inde a incontestablement laissé libre court à son talent et porté Alessandro au pouvoir, à mi-parcours de cette troisième saison de F4 SEA agréée FIA.

Sur le plan pratique, les deux changements qui attendaient le Marrakchi à Madras se situaient sur sa Mygale. La boîte de vitesses fautive à Sepang ayant été remplacée, la couleur avait aussi changé. Du mauve-rose précédent, la n°28 était désormais habillée d'une carrosserie bleue France.. Comme d'ailleurs celle de son grand rival Sheperd. Sur ce circuit assez technique, mais semblant ne pas spécialement favoriser les dépassements, c'est un Ghiretti inspiré qui allait signer la pole position lors de chacun des deux meetings. Vainqueur des courses 1 et 2 lors du premier, il allait terminer 3e de la course 3 remportée par le Malaisien Musyaffa. Le week-end suivant, souverain dans la course 1, il n'allait pouvoir terminer que dans les roues d'Alister Yoong en course 2, après avoir eu du mal à se débarrasser d'un Luke Thompson pour le moins accrocheur. C'est de nouveau Musyaffa qui s'imposait en course 3 devant Alessandro, qui avait raflé les deux victoires au général et les six meilleurs tours des deux manches indiennes. Déjà nouveau leader à l'issue de la première, Alessandro est non seulement bien installé au classement des Rookies, mais aussi au classement absolu avec 250 points devant Kane Sheperd (228). Suivent Muizz Musyaffa (189), Luke Thompson (153), Antoine Potty (110), Ryo Komikado (82), Adam D'Agostino (48), Kubo Masataka 30), etc.

 

Avant les manches 5 et 6 de Buriram, qui se disputeront sur une même semaine à partir du 19 novembre, va donc pouvoir vivre une nouvelle et intéressante expérience pour sa progression. Se mesurer à des adversaires bien rodés au Championnat de France FFSA de la discipline constituera une bonne évaluation pour son avenir en monoplace. Un challenge pas des plus faciles, car Alessandro prend le “train en marche“ pour les deux dernières manches de Jerez et du Castellet. A noter que les Mygales F4 françaises sont dotées du même moteur Renault que les asiatiques, mais si elles sont également chaussées de pneus coréens, ce sont des Kumho au lieu des Hankook familiers de Ghiretti. "Je sais déjà que le niveau est très élevé, et il semble y avoir entre sept et dix pilotes qui peuvent gagner des courses. En F4 SEA, c'est juste trois ou quatre. Ce sera la grosse différence. Avec tous ces pilotes très rapides, cela va être très bien pour voir où j'en suis, voir la réalité des choses. Le seul indice que j'ai avant d'y aller, c'est d'avoir été confronté à certains lors de la sélection Winfield. Ce sera de bonnes références car il y en a qui ont roulé plus souvent que moi“, estime avec réalisme un Alessandro à qui l'on a demandé de tirer les enseignements de cette moitié de première saison complète en F4 SEA.

"En Malaisie, hormis la course où je suis tombé en panne, j'avais des problèmes en ligne droite, mais malgré lesquels j'ai réussi à remporter des courses. Ça m'a permis de bien me concentrer sur mon pilotage pour rattraper du temps dans les virages, ce qui m'a bien fait apprendre. Cette saison, nous sommes quatre pilotes rapides prétendants à la victoire (sur la dizaine d'inscrits.. Ndlr.), tandis qu'à la finale 2017-18 que j'ai disputée et gagnée au général, nous étions quinze et les six pou sept premiers pouvaient vraiment gagner. Il y avait notamment Presley Martono (le Champion 2016) qui avait disputé l'Eurocup FR 2.0.

Les conditions de piste et notamment de chaleur ambiante, n'étaient pas faciles et un peu aléatoires en Inde ...

Je pense que c'est tout à mon avantage. Sepang est une piste vraiment parfaite, mais elle est vraiment étroite à Madras, avec des bosses partout, peu de dégagements, pas de gravier pour s'arrêter avant les murs. C'était vraiment difficile physiquement et mentalement. Et en plus avec la grosse chaleur humide. A un moment il faisait 40°C avec 70% d'humidité. Ça ne peut être que bon pour apprendre et pour mon futur. A la base, comme j'habite à Marrakech et qu'il y fait souvent beau et chaud, j'y suis bien et j'aime la chaleur. Quand je roule dans la monoplace, je supporte assez bien la chaleur, et les courses de F4 ne durent qu'une demi-heure.“

Où situer tes points forts et les moins forts ?

Il faut toujours penser à travailler sur soi-même et donner le meilleur. Il faut que je continue à travailler sur les qualifications, car je n'ai pas fait souvent la pole position, même si en Inde je me suis amélioré en signant les deux. On a pu voir au dernier meeting que j'étais très bien dans la gestion des pneus, car avec les mêmes utilisés en qualification, puis dans les trois courses, une fois bien usés, j'ai fait un chrono à 2/10e de seconde de celui fait en pneus neufs.“

Il semble aussi que tu puisses assimiler rapidement les pistes. Travailles-tu au préalable sur simulateur ?

Effectivement j'apprends très vite un circuit. Je pense que c'est dû tout simplement à l'époque où j'ai débuté en karting. J'ai commencé tard à courir, à l'âge de 13 ans, et il me fallait apprendre vite. Surtout que mon père détestait s'occuper lui-même de ma mécanique, au contraire de mes premiers adversaires qui roulaient souvent en entrainement le week-end. Les miens étaient directement des courses. Je pense que c'est ça qui a fait qu'au bout de 10 à 15 tours j'apprends très vite une piste.

J'ai un simulateur de base à la maison, dont je me sers pour mon loisir, pour m'amuser quand j'ai le temps. Mais je ne suis pas focalisé là-dessus. Je préfère aller rouler et me concentrer sur mon pilotage. Vu que le mien n'est pas un truc professionnel, et à la limite ça pourrait plus me perturber. Par exemple, avant les courses de Madras, je n'ai pas fait de simulateur. Par contre j'aime bien regarder des vidéos des circuits, mais je préfère travailler sur les pistes directement avec les ingénieurs avant de rouler.

En regardant tes courses, on a pu noter que tu prépares bien tes dépassements ...

Une fois que je décide d'y aller, je sais que je ne vais pas hésiter.“

        Jean-Luc Taillade

Photos F4 SEA et A. Ghiretti 

© fortylaps.com - 40Laps.com      © Jean-Luc Taillade                                                                                                                        Conception :  Quentin Guibert  (www.quentinguibert.com)