Accident de SPIELBERG en FR 3.5 : Que mérite MERHI ?

Rappelons les faits. Dimanche 12 juillet, en fin de matinée, la première des deux courses autrichiennes de la cinquième manche des Formula Renault 3.5 Series, disputée en accompagnement de l’European Le Mans Series, touche à sa fin...

Oliver Rowland passe en vainqueur devant le drapeau à damier, loin devant Dean Stoneman, lui-même détaché de Nyck De Vries. Plus loin, en 4e position, mais déjà certain d’écoper de 10 secondes de pénalité, pour avoir franchi les limites de piste et pour avoir promptement écarté Matthieu Vaxivière lors de son dépassement, Roberto Merhi freine sa Dallara/Gibson du Pons Racing sitôt passée la ligne d’arrivée. Pas de blocage de roue fumant et intempestif, comme parfois un vainqueur le fait pour saluer joyeusement son panneautage. Ce qui d’ailleurs est souvent dangereux car un suivant peut se faire surprendre. Pas de main levée non plus, qui aurait pu signaler un éventuel problème technique.

 

En d’autres temps, lorsqu’il n’y avait pas encore de protection haute du cockpit pour protéger la tête du pilote, sortir un bras était d’ailleurs autrement plus aisé. Observateurs et téléspectateurs, en direct, n’ont pas le temps d’essayer de comprendre la raison de la manœuvre de Merhi, que l’action vire à la terreur. Car, deux ou trois secondes après surviennent à l’arrivée deux hommes en lutte pour la 5e place du moment, Nicholas Latifi et Tom Dillmann. Le Canadien d’Arden et le Français de Jagonya Ayam with Carlin, partis 10e et 11e, n’ont eu de cesse de remonter, Dillmann étant le plus entreprenant en fin de parcours. Blotti derrière Latifi à la sortie de la dernière courbe, Tom reste à gauche sur la ligne normale de course quand Nicholas, logiquement, défend une dernière fois en se calant à droite pour sortir son adversaire de son aspiration, préservant ainsi sa place. On l’imagine avec son regard focalisé sur son rétroviseur de gauche pour surveiller l’Alsacien. Mais lorsque, rassuré sur le petit avantage qu’il semble garder, il reporte ses yeux devant lui et découvre l’arrière de cette monoplace arrêtée ou presque devant lui. Un coup de volant réflexe vers la gauche le sauvera vraisemblablement d’un impact dramatique. Les acquisitions de données prouveront que Latifi roulait à environ 230 km/h au moment de l’impact. Sa déviation miraculeuse ne l’empêche pas de percuter la monoplace de Merhi, du côté du train arrière gauche, mais avec suffisamment d’angle pour permettre au choc d’être moins violent, et à Latifi de décoller en tonneau latéral. Dillmann, ayant aperçu à droite dans son champ de vision l’accident, a le bon réflexe de dévier vers la gauche en mettant deux roues dans l’herbe. La voiture du Canadien lui passe heureusement assez haut et loin pour ne pas le toucher, et va percuter le rail, avant de rebondir sur la piste, démantibulée. Lorsque l’on voit Latifi s’extraire indemne de son épave, on est rassuré. Lorsque l’on voit Merhi venir se soucier de celui qu’il vient de catapulter dans les airs, on commence à se poser la question. L’Espagnol a-t-il eu un problème technique, pour avoir provoqué une telle situation. Il s’avèrera que non. Alors, quelle mouche a-t-elle piqué Roberto ? Un peu plus tard, dans l’après-midi, alors que les 4 Heures de l’ELMS battait son plein. Le verdict tombera : Merhi exclu de la course 1, et exclu du week-end, donc empêché de partir en course 2, devant être lancée vers 18 heures. Interrogé depuis, Jean-Pascal Dauce, le Directeur de la Compétition de Renault Sport Technologies, promoteur des World Series by Renault, a bien voulu nous communiquer la conclusion de l’autorité sportive ayant statué et déterminé la sanction en Autriche : « Le Collège des Commissaires Sportifs a pris sa décision après avoir visionné les images, auditionné Roberto Merhi et consulté les acquisitions de données du véhicule. Il leur est clairement apparu qu’une erreur humaine avait été commise, correspondant à une infraction telle que décrite par la FIA dans son annexe L du Code Sportif International. Une sanction en adéquation avec cette infraction a été prise, dans le respect des règlements et l’équité sportive de nos Championnats. » Il n'y avait donc rien pour le disculper. Même pas l’une de ses explications, qui voudrait que sa monoplace était handicapée depuis le début de la course.

Habituellement, les décisions du Collège des Commissaires Sportifs, qu’elles sanctionnent une infraction sportive ou technique, ne sont pas explicitement détaillées lors de la publication des résultats. Pour en connaître les précisions, il faut enquêter auprès des concurrents. Pour celle concernant Merhi, plusieurs témoignages rapportent que l’Espagnol aurait avoué la vraie raison de son arrêt bien trop rapide peu après la ligne d’arrivée. Une explication plus que plausible car pouvant expliquer la preuve de “l’erreur humaine“ démasquée par les Commissaires Sportifs. Tenez-vous bien ! Merhi aurait freiné pour stopper sur son emplacement, projetant d’y simuler un départ pour y faire patiner ses roues et déposer de la gomme sur son emplacement de première ligne de grille, côté droit donc à côté du poleman Vaxivière, pour la course 2 … prévue cinq à six heures plus tard, après la course d’ELMS. Une idée autant machiavélique et maligne qu’idiote et inutile. Et surtout démontrant l’inconscience pure et simple de l’intéressé, dans cette action à l’arrivée d’une course. Autant néfaste pour la sécurité des autres que pour la sienne. Comment laisser passer une telle faute, alors que Merhi, détenteur d’une superlicence de F1 et titulaire chez Manor, est sensé représenter l’élite des pilotes de monoplace, en même temps qu’un exemple pour les générations suivantes ? Roberto Merhi, cela ne fait aucun doute, est un pilote ayant fait montre d’un certain grand talent depuis ses débuts, comme son palmarès le prouve. Mais il s’est fait également remarquer par des frasques en tout genre et même quelque action démontrant un comportement douteux. Je n’en prendrai pour exemple que ces Masters de Zandvoort 2011. Lors desquels le pilote de Castellon, dominateur cette année-là en F3 Euro Series, constatant que son compagnon de première ligne et équipier, le Catalan Daniel Juncadella, avait mieux réussi son départ, ne trouva pas meilleure idée que de le tasser vers le muret des stands, provoquant un carambolage dont il fut lui-même victime. Au grand désarroi de l’équipe Prema Powerteam, et au bonheur de Felix Rosenqvist, le futur vainqueur. Lors de ses deux années passées en DTM en 2012 et 2013, grâce au support de Mercedes, on retiendra plus de cette période ses accrochages que ses piètres résultats. La marque à l’étoile lui rendant sa liberté en 2014.

 

On ne pourra reprocher à l’organisation sportive de la Formula Renault 3.5 d’avoir manqué de sévérité, dans le cadre de cette manche du Red Bull Ring, où l’on est passé près d’un drame corporel. L’on sait aussi qu’un promoteur, par règlement, se garde le droit d’accepter ou non un concurrent dans son championnat. Celui des WSR est peut-être dans ce cas. Juste peut-on se poser la question de savoir si un rapport a été éventuellement transmis à une autorité sportive supérieure, vu le caractère exceptionnel de cet accident. Quoi qu’il en soit, les observateurs patentés, comme de nombreux membres du paddock de la FR 3.5, ne cachent pas depuis Spielberg que Merhi mérite une sanction exemplaire. En cette période où la Fédération Internationale de l’Automobile a parmi ses chevaux de bataille la campagne pour la sécurité routière (Action for Road Safety), laisser un tel pilote de haut niveau se comporter de la sorte en compétition passerait pour du laxisme. Une suspension de licence, et un significatif retrait de points sur sa superlicence F1, ne seraient pas usurpés pour Merhi. Ce qu’il a fait à Spielberg est largement plus répréhensible, par exemple, que la faute d’approximation de Romain Grosjean au départ du Grand Prix de Belgique 2012, qui lui avait valu une course de suspension.

 

Ce vendredi, sur le Hungaroring, Fabio Leimer effectue ses débuts en essais libres 1 au volant de la Manor de Merhi. Peut-être aurait-il pu été plus judicieux de le titulariser pour tout le Grand Prix.

 

Pour conclure, l’on peut continuer à s’interroger sur la bonne foi, l’honnêteté, le comportement et les réelles capacités intellectuelles de Roberto Merhi, à en lire le compte-rendu officiel de la conférence de presse F.I.A., tenue ce jeudi sur le circuit hongrois. En voici l’extrait du communiqué original en anglais, où le pilote Manor livre une version particulièrement difficile à avaler ... :

Q: Roberto, you’re a bit unusual in that you’re running a parallel Formula One and World Series programme this year, you were on the podium, I believe, at this track earlier in the season – how comfortable do you feel in Formula One now, and what happened with that accident at the end of the last race in Austria.

RM: The feeling in Formula One, every time is going better through the races. At the start of the year I was struggling a little bit – but I, after Monaco, everything went better, the race pace, after the quali in Montreal and the race pace in Montreal, Austria, and then the race in Silverstone was really good. And yeah, obviously I am going another championship, so far the World Series season, we had so many issues at the start of the year with so many engine problems. In this track we were missing two seconds on Friday, we changed 70 per cent of the car, just pieces, and the next day I was P5 or P6 in quali, something like that, and I finished second in the race. Was a strong result, let’s say. Then last weekend in Austria, at the start of the race I had a failure with the steering wheel. All of the race I was driving with the steering wheel bent completely, like 50° to the left, and after the race I wanted to do just a slow lap. I moved to the right, just to avoid the people coming to the left and the next time I check the mirror, the guy behind me was three seconds behind and the next time I checked the mirror he was like five metres behind me, coming much quicker and, yeah, colliding to my back. I don’t know, it was a bit strange to be honest, the situation I think was really unlucky. Thanks God nothing happened to both drivers, we are both OK. He could race the race afterwards and nothing else happened.

Jean-Luc Taillade  -  Photos Renault Sport Media

© fortylaps.com - 40Laps.com      © Jean-Luc Taillade                                                                                                                        Conception :  Quentin Guibert  (www.quentinguibert.com)